Que faites-vous de votre pause déjeuner ?

La pause déjeuner, pour légale qu’elle soit, elle n’est pas toujours respectée en tant que telle !

Pause déjeuner : pause repas ou pause détente ?

La  pause déjeuner est un moment de détente auquel les salariés ont droit pour se sustenter. Elle fait partie du bien-être du salarié, de la protection de sa santé et de sa sécurité, qui est une obligation incombant à l’employeur. On perçoit d’emblée que cette pause fait référence à des impératifs en matière de santé et de sécurité des travailleurs.

La loi impose un temps de pause légal et obligatoire d’au moins 20 minutes consécutives après 6 heures de travail. Le Code du travail parle de temps de pause, et non de pause déjeuner. Durant cette période, l’employé peut faire ce qu’il veut de ce moment qui n’est pas compté comme du temps travaillé.

La pause déjeuner répond à un besoin physiologique. Elle sert à manger, bouger et pourquoi pas faire la sieste. Cette pause est-elle suffisante au regard des obligations en matière de santé et sécurité ?

Les temps changent et les habitudes aussi.

Traditionnellement, le déjeuner était un rituel de socialisation, précise le sociologue français Claude Grignon : « Il fait partie de l’intégration professionnelle et sert à améliorer l’ambiance du travail dans l’entreprise. »

Si aujourd’hui les lunches entre collègues ne sont plus de rigueur, jadis, il n’y a pas si longtemps encore, certains salariés prenaient le temps de savourer le repas du midi au restaurant du coin de la rue. Entrée, plat et un dessert constituait leur menu et parfois certains s’attardaient autour d’un digestif avant de retourner à leur poste de travail. Le contexte actuel ne permet plus aux cadres d’avoir trois heures à leur disposition pour se livrer à cet exercice. Et puis les entreprises se sont mises à regarder plus attentivement les notes de frais, de manière à réduire leurs charges…

Or, force est de constater que les repas d’affaires, bien arrosés et à rallonges où l’on concluait la négociation sur un coin de table, est bien révolu. En France, la pause du midi est passée de près d’une heure et demie, il y a 20 ans, à une demi-heure en 2016. Selon une étude d’Ipsos, si 56 % des salariés considèrent que le déjeuner reste un moment de détente, 59 % déjeunent régulièrement sur le pouce et 32 % sautent même fréquemment ce repas.

Mais l’évolution des modes de vie a quelque peu brisé cette habitude. Les employés vivent toujours plus loin de leur lieu de travail, ont plus de transports le matin et le soir, ce qui limite leur temps disponible et grève leur budget. Ce phénomène est plus marqué dans les villes, où le déjeuner devient le parent pauvre de la vie professionnelle.

Cela s’explique aussi par l’augmentation de la pression professionnelle et des charges familiales. Pour gagner du temps sur la journée, certains disent qu’ils leur arrivent de ne rien manger du tout. D’autres préfèrent réduire la pause de midi pour avoir plus de temps le soir chez eux. Certains se rendent chez le médecin, passent faire une course, ou vont pratiquer du sport  au fitness.

La multiplicité des outils numériques et leur utilisation a révolutionné résolument et définitivement la notion du concept du travail au bureau. Cela permet aujourd’hui de travailler quelque soit l’heure ou l’endroit où l’on se trouve. En outre, les enjeux économique et la pression des rythmes de travail, le manque de personnel car non renouvelé, accélèrent ce processus où les salariés ne prennent plus le temps de la pause déjeuner. La crise du covid est venue depuis accentuer ce phénomène. Certaines  entreprises ont même pris le parti de supprimer leurs cantines en réponse aux exigences sanitaires de la pandémie, en compensant par des tickets restaurant.

Le desktop lunch !

Voilà maintenant que les français font comme les américains qui pratiquent le ‘desktop lunch’, c’est-à-dire le déjeuner englouti sans quitter le siège du bureau. Alors que prendre le temps de boire un café cinq minutes au distributeur était une activité très appréciée, cela  ressemble à présent à un ‘abandon de poste’. De plus en plus de salariés ne font plus aucune coupure, grignotant juste des cochonneries, sans parler de ceux qui n’ont même plus l’envie de manger tellement le stress les tenaille. La rengaine est récurrente : ‘Pas le temps car trop de boulot’ ! ‘J’ai un dossier urgent à finir !’ De plus en plus nombreux sont ceux qui avouent continuer de travailler en mastiquant. Pour d’autres, ne pas manger revient à faire des économies.

Parfois, l’entreprise organise des réunions à midi, en offrant les sandwichs en guise de repas. Sauf que certaines réunions compliquées ont de quoi faire perdre l’appétit !

Si certains employeurs recommandent de profiter de ce temps de pause pour ‘bien manger’, comment faire lorsque l’on dispose de seulement vingt minutes pour engloutir un repas ? Il y a là une injonction paradoxale surtout si l’on considère le trajet pour aller manger, passer par les toilettes et revenir !

Le déjeuner revisité à l’heure des générations Y et Z.

Dans son livre « Le culte de l’urgence : la société malade du temps », Nicole Aubert, psychologue et sociologue, souligne l’avènement de l’accélération de soi. Elle analyse ce processus de « l’enfermement dans une temporalité ultracourte, hyperconnecté en permanence, sommé d’accélérer toujours plus dans son travail, l’individu contemporain vit dans un rapport compulsif à l’instant présent et se brûle dans l’hyperactivité. »

En France est répandu le concept étonnant qu’il faut être sur son poste de travail et travailler tard notamment pour être un bon cadre. Or, la génération Y et Z qui sera dominante prochainement après la mise en retraite des baby-boomer, ne l’entend pas de cette oreille et préfère une vie de bureau moins contraignante, plus souple, plus mobile, plus adaptable où la vie personnelle a autant d’importance que la vie professionnelle. Il ne s’agit pas de faire un choix entre les deux mais de s’adapter en fonction des besoins. Cette façon de penser sa vie bouleverse profondément et durablement la culture de l’entreprise des anciens. L’entreprise n’a pas d’autres choix que d’accepter ce nouveau mode de penser le travail.

 Ce qui fait que les actifs sont de plus en plus nombreux à opter pour un fast-food, ou à acheter un en-cas à midi, au lieu d’aller au restaurant ou à la cantine de l’entreprise. Les plus jeunes de 15-29 ans sont près de 30 % à choisir la restauration rapide. D’ailleurs, la France compterait un  restaurant servant de la nourriture rapide pour 1 600 habitants, l’un des meilleurs scores en Europe. Le phénomène du ‘camion gourmet’ rencontre un grand succès et fait bel et bien partie de la vie quotidienne des français en particulier à proximité des entreprises. Ils proposent un repas chaud soit un service à emporter, soit une livraison sur le poste de travail.

La pause déjeuner, un temps réservé au bien-être et la santé.

Hélas, la pause déjeuner est devenue un moment de plus en plus solitaire ! C’est la nouvelle tendance du salariat : on ne déjeune plus, ou alors si mal et si vite. Adieu le plaisir de manger ensemble et bonjour les dégâts en termes de santé.  On ne se nourrit plus que de chips ou autre nourriture transformée trop sucrée, trop grasse ou trop salée qui encrassent nos artères et notre corps. Or, quand la charge de travail est trop lourde et qu’on est sous pression, il est commode soit de sauter la pause déjeuner soit de prendre quelque chose de rapide à grignoter et de retourner rapidement au bureau. A midi, certains se réchauffent un plat sous vide au micro-ondes et l’avale tout en continuant à travailler à l’ordinateur pour ne pas perdre de temps. Quand d’autres mangent un sandwich maison devant l’écran.

Les raisons compréhensibles invoquées pour justifier ces attitudes aboutissent malheureusement à la sédentarité et au déséquilibre alimentaire. Ces comportements peuvent conduire à une augmentation des diabètes de type 2 et à des maladies cardiaques, alors que 90 % des personnes interrogées reconnaissent se sentir mieux après une petite promenade sur l’heure du midi. Une promenade de 10 minutes et un repas correct suffiraient à prévenir d’une manière très efficace à réduire les risques de développer ces pathologies.

La NASA a révélé que les pilotes de ligne amélioraient leurs performances et leur vigilance de plus de 30% s’ils déconnectaient pendant 26 minutes.

Dans certains pays comme le Canada mais aussi la France, il a été interdit de manger à son poste de travail pour des raisons hygiéniques l’endroit étant 400 fois plus sale que des toilettes. L’entreprise a conseillé aux salariés de se lever, de faire de vraies poses et d’aller à la rencontre de leurs collègues. Des espaces dédiés et aménagés pour cela doivent être mis à la disposition des salariés par l’entreprise. Or, la crise sanitaire est venue bouleverser ces règles et permet aux entreprises de déroger temporairement par décret à cette usage.

Manger le soir ferait grossir !

Ce culte de l’urgence avec le sandwich avalé en 15 minutes ne correspond pas à un déjeuner équilibré et cela entraîne des conséquences en cascade. Sauter le déjeuner entraîne une faim de loup le soir : on va avoir très faim et donc manger plus au dîner, avec un risque de surpoids car le corps va stocker cet apport de nourriture excessif avant d’aller dormir.  Il s’agit d’un moment où notre corps ne va pratiquement pas consommer d’énergie. Cela veut dire que les calories que l’on ingère ne seront pas brûlées ! Précisons que c’est bien la trop grande quantité ingérée le soir qui fait grossir et non l’heure de la prise du repas car nos cellules ne savent pas lire l’heure !

La pause déjeuner = pause santé avant tout !

Nous l’avons bien compris, la pause déjeuner est essentielle à notre santé, tant pour se nourrir avec les éléments nutritifs nécessaires à la conservation d’une bonne énergie, pour s’hydrater, se détendre, bouger, se reposer, se socialiser et se faire plaisir. C’est l’intention affichée de la loi de la protection du salarié dans la mise en place de cette pause légale et obligatoire. Vouloir s’en priver ou convertir cette pause en pause-boulot, c’est mettre sa santé en péril avec les conséquences négatives à courte échéance.

Pour être pratique, les salades simples ou les snacks peu consistants ne fournissent pas au corps assez d’énergie pour entamer une après-midi de travail dans de bonnes conditions. De même, les plats trop riches peuvent provoquer l’effet inverse et provoquer une somnolence ou même de donner envie dormir.

Pour remplir ses objectifs nutritionnels, l’idéal est de préparer son déjeuner soi-même. Cela permet de choisir les ingrédients que l’on aime et de réaliser un plat équilibré. Pour ceux qui ne mangent pas à domicile ou qui n’ont pas la possibilité de cuisiner leur déjeuner le matin (ou la veille) avant de partir au travail, il faudra alors vérifier la composition nutritionnelle du plat au moment de l’acheter en vérifiant les ingrédients portés sur l’étiquetage en évitant les produits trop sucrés, trop gras ou trop salés et sans additif.

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