«A quand un sommet mondial sur la Révolution alimentaire?» – la tribune de Sylvain Bonnet

Sylvain Bonnet 05 octobre 2020 à 12h45

Sylvain Bonnet

« L’érosion de la nature et du vivant atteint en effet un point critique : la 13e édition du rapport du WWF sur le sujet, publié il y a quelques jours, déplore un recul de 68 % des populations de vertébrés en moins de cinquante ans »

L’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) s’ouvre cette semaine et la biodiversité, en particulier, devrait être au cœur des débats avec un side event dédié, en attendant le congrès de la Nature (UICN).

L’érosion de la nature et du vivant atteint en effet un point critique : la 13e édition du rapport du WWF sur le sujet, publié il y a quelques jours, déplore un recul de 68 % des populations de vertébrés en moins de cinquante ans. Et d’après l’IPBES, 1 million d’espèces animales sont menacées d’extinction – cent fois plus qu’il y a un siècle.

Malgré l’urgence, les politiques de conservation de la nature, comme le soulignait le Conseil d’analyse économique dans un récent rapport, affichent des résultats « décevants ». Pourquoi ? Principalement parce qu’elles manquent de vision systémique. Or porter un regard global sur les écosystèmes permet justement de traiter l’une des causes majeures du recul de la biodiversité : l’insoutenabilité de notre modèle alimentaire.

Fondé sur l’agriculture intensive, la surexploitation, des changements d’usage brutaux des terres et des mers, la pollution chimique, il déstabilise massivement les milieux naturels. D’après le WWF, notre système de production alimentaire est à l’origine de 80 % de la déforestation, de 30 % des émissions de gaz à effet de serre et 50 % des pertes de biodiversité en eau douce. Ajoutons que les terres cultivables sont dédiées aux 2/3 à l’alimentation animale, avec pour conséquence un rendement alimentaire irrationnel : 8 calories végétales servent à produire 1 calorie animale destinée à la consommation humaine.

Pour sauver le vivant, le WWF lui-même préconise une réduction de 50 % de la consommation de protéines animales d’ici 2050

Diversité biologique. Dévastateur pour la diversité biologique, ce système est aussi lourd de conséquences pour la santé humaine. Alors même qu’1 personne sur 9 dans le monde souffre de la faim, 30 % des produits alimentaires mondiaux sont gaspillés. Dans le même temps, l’OMS table sur 3,5 milliards de personnes en surpoids et près 500 millions de personnes atteintes de diabètes d’ici 10 ans.

Ce modèle est à bout de souffle – pour la planète, pour le vivant, pour les personnes. Une révolution alimentaire est à engager d’urgence, pour nourrir de façon saine, durable et équitable les 10 milliards d’êtres humains que nous serons en 2030. Aussi impérieuse que la transition économique ou numérique, elle doit être à la fois industrielle et culturelle. Industrielle, car elle exige de revisiter nos modes de production et de distribution pour rationaliser les rendements, réduire l’empreinte carbone et écosystémique, traquer les gaspillages à chaque étape de la chaîne. Culturelle, car il nous faut apprendre à manger différemment. Pour sauver le vivant, le WWF lui-même préconise une réduction de 50 % de la consommation de protéines animales d’ici 2050.

Chacun a en main une part de responsabilité – pouvoir publics, citoyens, entreprises. Ces dernières notamment sont en pointe pour apporter des solutions alimentaires innovantes comme le séchage des aliments ou les cultures en verticalité, qui permettent à la fois de réinventer le bol alimentaire et de réduire l’empreinte naturelle. Mais ce combat doit être mené ensemble, de façon concertée, avec une vision globale. A quand, donc, un sommet mondial sur la révolution alimentaire ? Celle-ci participe pleinement de l’Agenda 2030 des Nations Unies, et irrigue en profondeur les 17 Objectifs de Développement durable. Surtout, ne la manquons pas.

Sylvain Bonnet, Président fondateur de NL international et auteur de livre sur l’équilibre alimentaire (Le bien-être au cœur de votre vie, Vivre mince, mieux, plus longtemps : le guide de ma santé plus durable).

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