La montée des mécontentements

Revenu annuel disponible : moins 440 € par an

Une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) du portrait social de la France de l’Insee montre que le revenu annuel disponible des ménages a baissé en moyenne de 440 euros entre 2008 et 2016 . Le revenu disponible (prend en compte les salaires, les loyers, les revenus du patrimoine, les prestations sociales et les impôts) représente ce que les Français ont à leur disposition pour dépenser ou épargner ce que l’on appelle le pouvoir d’achat. Il apparaît que ce sont les classes moyennes qui payent proportionnellement le plus lourd tribut.

Ça veut dire qu’à la fois la crise économique, par les effets qu’elle a pu avoir sur le marché du travail, l’évolution de l’emploi, les salaires, associés aux mesures socio-fiscales et notamment les mesures qui ont conduit à réduire les déficits entre 2011 et 2014 avec un choc fiscal majeur, ont conduit à un appauvrissement généralisé.

La dévalorisation du patrimoine des classes moyennes

Le patrimoine privé des classes moyennes est attaqué sur ses trois composantes : immobilière, mobilière (avec l’automobile) et financière.

Immobilière d’abord : Les tendances haussières à Paris, en petite couronne et dans quelques grandes métropoles régionales ne résument pas à elles seules la réalité du marché national. Les zones les plus tendues où les prix flambent sont le plus souvent les grandes agglomérations. Mais il y a aussi les zones en perte de vitesse, le plus souvent situées en périphérie. Ces zones, c’est la France pavillonnaire, celle des lotissements situés en couronnes péri-urbaines où les prix baissent voire chutent brutalement. Or le poids de la résidence principale dans l’ensemble du patrimoine des classes moyennes est écrasant : c’est nettement plus de la moitié du patrimoine.

La France des lotissements c’est aussi celle de la voiture. Et pour cause, aux manques de transports en communs s’ajoutent les conditions d’accès difficiles aux services au sens large (écoles, commerces, services administratifs, médicaux, culturels). L’automobile est dès lors l’outil indispensable pour y accéder et la multi-motorisation une quasi-obligation. Pour les Français les plus modestes la voiture va jusqu’à représenter plus de 20% de leur patrimoine. Pour les classes moyennes c’est un peu moins de 5%. C’est un patrimoine qui se déprécie d’autant plus rapidement qu’il est essentiellement constitué de véhicules diesels, ceux-là même que le gouvernement et les grandes métropoles veulent chasser du territoire.

De surcroît, face à ce patrimoine mobilier et immobilier qui perd de sa valeur, il y a de l’endettement : plus du quart des ménages sont endettés au titre de leur résidence principale. La part des ménages endettés pour l’achat d’automobile est plus faible mais près du quart des ménages sont concernés.

Reste le patrimoine financier des classes moyennes, constitué à près de 90% des comptes chèques, des livrets défiscalisés et de l’assurance-vie. Si les comptes chèques ne rapportent rien, les autres placements sont également de moins en moins rémunérateurs : de 0,5% pour le Compte d’Épargne Logement à 1,25% pour le Livret d’Épargne Populaire en passant par 0,75% pour le livret A. Bref, en termes réels les rendements sont globalement négatifs. L’assurance-vie s’en sort un peu mieux mais la tendance est à la baisse. Attaqué sur toutes ses composantes, le patrimoine des classes moyennes se déprécie et participe à la montée des mécontentements.

Réactions légitimes

Les grèves, les blocages, les bouchons s’organisent sur tout le territoire face au mécontentement général. Les annonces du gouvernement ne calment pas les esprits. Chacun à sa manière est inquiet de ce qui l’attend et comprend que l’avenir s’annonce encore plus difficile financièrement et qu’il va falloir se serrer un peu plus la ceinture.

Travailler plus pour gagner plus

Travailler plus pour gagner plus était un slogan de la campagne présidentielle française de 2007 utilisé par Nicolas Sarkozy. Il symbolisait la volonté du candidat de remettre en cause les 35 heures et de « libérer » le travail des salariés afin d’augmenter leur pouvoir d’achat. Sauf que travailler plus pour gagner plus ne fonctionne pas. Les besoins d’argent et de temps sont radicalement différents.

Travailler autrement et sans risque pour gagner plus

Si le modèle allemand offre la possibilité d’exercer une activité accessoire sous la forme de mini-jobs parfaitement adaptés aux petits boulots en faisant quelques heures supplémentaires, ce statut ne donnent droit ni au chômage, ni à l’assurance maladie, ni à la retraite.

En revanche, en France, nous avons bien mieux, un modèle unique au monde, fiscalement très avantageux qui permet d’exercer légalement une activité en plus de son métier principal : le statut de VDI créé en 1993 par la Fédération de la Vente Directe (Vendeur indépendant à domicile) . Ce statut n’est pas un salariat. Du point de vue social, le VDI est assimilé à un salarié et rattaché au régime général de la Sécurité Sociale. Il bénéficie des mêmes droits à une couverture sociale que les salariés. La personne est autonome dans son organisation, elle choisit le temps consacré à son activité et ses horaires, elle recherche librement sa clientèle, sans secteur géographique spécifique et n’a pas de quotas de vente à réaliser. Sa rémunération est directement liée à ses ventes. Les métiers qui utilisent ce statut simple et pratique proposent de nombreuses activités professionnelles aux profils très différents qui permettent à chacun de trouver le métier qui lui correspond et de regonfler le pouvoir d’achat défaillant sans avoir besoin de descendre dans la rue.

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